On se souvient des mêmes incidents lors des rencontres amicales France-Algérie en octobre 2001 et France-Maroc en novembre 2007. « Ces Français qui sifflent l’hymne national prouvent qu’ils ne sont que des Français sur papier et que l’intégration de masses étrangères à notre culture est un échec parce que c’est une utopie », a affirmé le président du parti d’extrême droite Front national.
Scandaleux », selon le président français, Nicolas Sarkozy, «
insultant », d’après son Premier ministre, François Fillon. Les
réactions officielles fusent après le sifflement de l’hymne national
français lors du match amical mardi France-Tunisie (3-1).
La ministre des Sports, Roselyne Bachelot, a
averti que « tout match où notre hymne national est sifflé sera
immédiatement arrêté » et « tous les matches amicaux avec le pays
concerné seront suspendus » pendant un délai qui restera à fixer. Le
ministère de l’Intérieur a pour sa part demandé l’ouverture d’une
enquête judiciaire s’appuyant sur les images des caméras
professionnelles implantées dans le stade.
Le secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte,
a suggéré que l’équipe de France de football ne joue plus désormais
contre les équipes du Maghreb au Stade de France à Saint-Denis, situé
en banlieue parisienne, proposant que les rencontres sportives entre la
France et les pays du Maghreb doivent continuer, « mais il faut les
jouer chez eux ou alors en province ». Des propos jugés « inadmissibles
» par le porte-parole du Parti socialiste Julien Dray. « Ce serait une
faute de pénaliser ces pays, comme la France, en les empêchant de jouer
ensemble. »
On se souvient des mêmes incidents lors des
rencontres amicales France-Algérie en octobre 2001 et France-Maroc en
novembre 2007. « Ces Français qui sifflent l’hymne national prouvent
qu’ils ne sont que des Français sur papier et que l’intégration de
masses étrangères à notre culture est un échec parce que c’est une
utopie », a affirmé le président du parti d’extrême droite Front
national.
Suite aux incidents précédents, la loi française
sur la Sécurité intérieure du 18 mars 2003 a créé un « délit d’outrage
» à l’hymne national, punissable de 7500 euros d’amende. Mais les
observateurs doutent qu’une disposition pénale puisse régler un
problème plus profond qu’une question d’outrage. La secrétaire
nationale du Parti communiste français, Marie-George Buffet, a estimé
que les sifflets lors du match étaient l’expression de gens en «
souffrance » qui « ne se sentent pas bien chez nous ».
« Il y a peut-être à se pencher sur pourquoi ces
hommes et ces femmes, notamment tous ces jeunes (...) éprouvent le
besoin de siffler la Marseillaise », a déclaré Mme Buffet. « Ces
provocations, après d’autres incidents similaires, sont des révélateurs
alarmants d’une déchirure entre une partie de la population française
issue de l’immigration maghrébine et la société française », a jugé le
Mouvement pour le rassemblement et l’amitié entre les peuples (Mrap).
Malaise français Déchirure ? C’est le mot qui
revient fréquemment à chaque fois que « les violences urbaines »
éclatent et occupent le devant de la scène politique et médiatique en
France. Ces polémiques ne peuvent plus éluder les problèmes propres aux
échecs sociaux et à la précarité — aggravés par l’actuelle crise
mondiale — qui touchent de plus en plus de Français. Les
délocalisations, la « flexibilité » des contrats de travail, etc.,
inquiètent l’opinion publique française qui ne reçoit de réponse du
pouvoir politique qu’en termes de viabilisation de la peur et de
stigmatisation de « l’autre ».
Or, le fameux « mal français » qui persiste face à
un pan entier de la société issu des différentes immigrations et le
déni de la droite face aux jeunes des cités ainsi que l’attitude
ambiguë de la gauche ne peuvent être isolés d’un complexe plus profond,
à savoir la relation entre post-colonialisme et immigration. L’on
semble oublier en France que la République, idée généreuse et
humaniste, n’a pas témoigné du même altruisme en France et dans les
anciennes colonies.
L’universalisme français de l’idée égalitaire,
victime de sa propre nature, comme le souligne le penseur Alain
Tourraine, s’aveugle de ses propres nuances. Sur le forum internet du
Nouvel Observateur, un lecteur fait cette remarque : « Et quand c’est
les Corses qui sifflent la Marseillaise – finale de la coupe de France
Bastia-Lorient en 2002 –, il se passe quoi ? On rompt les relations
avec la Corse ? Et on interdit les clubs corses de jouer en L1 ? » Pour
rappel, lors ce cet incident, le président français à l’époque, Jacques
Chirac, s’était levé et le speaker avait fait un rappel à l’ordre dans
le stade et l’on n’a pas assisté au même tsunami d’indignations.