« Je ne sais pas quelles armes seront utilisées pour la troisième guerre mondiale, si elle a lieu. Mais la quatrième se règlera à coups de massues. »
Albert Einstein
Pourrons-nous, une fois au pied du mur, au bout du
rouleau, au moins redevenir simples, redevenir pauvres ? Pauvre dans le
sens noble et non miséreux ou miteux du terme sociétal, non pas comme un affect
indésirable et un statut politique de souffrance tel celui d’un SDF ; mais
pauvre comme vertueux, comme objecteur de biens matériels ; pauvre avec
l’immense dignité du cueilleur-chasseur-pêcheur parcimonieux, en écoute optimale
avec la naturalité ; pauvre comme nomade avec la chance de ne rien
posséder, pauvre comme nous l’étions à l’aube du premier matin, nos cellules et
nos neurones en interdépendance avec les élémentaux de la nature ; pauvre
comme normal et non endimanché d’un illusoire confort, d’un contradictoire
progrès. Un chômeur avec mobile, qui achète des fruits exotiques dans les
couloirs surpeuplés et pollués du métro n’est pas pauvre, il est distrait. La
ménagère saisie par l’huissier et qui hésite entre vingt mille détergents n’est
pas pauvre, elle est distraite. Comme Socrate, Saint-François d’Assise ou
Gandhi, celui qui ne possède rien est plus proche des dieux et de l’univers. Une
preuve : PayPal ou la Carte Bleue ne sont pas à l’origine de nos plus beaux
souvenirs…
L’horizon d’une crise systémique et écologique qui
s’affirme, se concrétise, à l’aune d’un temps marchand qui se fissure et sur les
décombres capitalistes duquel nous commençons à marcher en tournant en rond,
engendrent d’innombrables signes traduisant un repli éthologique sur soi.
Pied-de-nez vindicatif ou cynisme opportuniste : Madame Obama nous montre
comment on plante ses choux à la mode de la Maison Blanche, peu importe que
Monsanto, craignant le pire, cherche simultanément à susciter une législation
restrictive de la liberté individuelle de cultiver son jardinet. Tout et le
contraire de tout est la devise d’une schizophrénie ordinaire savamment
entretenue.
De nombreux mouvements récalcitrants
ont déjà choisi les chemins de traverse, dans la plus pure bioéthique. Il en est
ainsi, par exemple, des nouveaux freegans dont le choix stratégique est
celui d’une vie alternative limitant au maximum toute adhésion à l'économie
conventionnelle et à la consommation de matières premières.
Ces dissidents
optent pour des principes chers à certaines contre-cultures récentes de
l’Occident industrialisé, prenant le contre-pied du mode de vie conventionnel,
tels ceux des beatniks (la génération perdue !) ou plus précisément des
hippies. Sur des modes pieux et sectaires,
Mennonites et autres Amish (« Tu ne
te conformeras point à ce monde qui t’entoure ») ont aussi et depuis
longtemps opté pour un autre chemin. Un regain
non
négligeable de survivalistes Nord-américains a
été enregistré suite aux attentats du 11 septembre 2001, puis aux effets de
l’ouragan Katrina. Le consensus dominant parmi ces adeptes
d’une vie de retranchement répond au proche effondrement de notre civilisation,
suite aux pénuries annoncées de pétrole, d’eau et de nourriture. Films,
littérature et maintenant sites et blogs ne manquent pas sur le sujet, qu’il
s’agisse de survivre à des catastrophes dites naturelles où à cette faillite
estimée inéluctable et prochaine de la société anthropique. Les survivalistes
s’adonnent ainsi à un apprentissage constant de techniques de
survie.
En France, 76 % des jeunes interrogés disent que
leur avenir sera pire que celui de leurs parents. Reposera-t-on cette question
en 2100 : certainement pas puisque l’avenir ne sera plus
futurible !!
Alors, quand la boucle de l’homme moderne sera
bouclée, que les peuples derniers n’auront plus que l’option nomade et
autarcique de redevenir cueilleurs-chasseurs à l’image des peuples premiers,
comment procéder ?
Comment procéder alors que nos
7 milliards d’humains auront quasiment tout consumé, que les ressources sont en
voie de tarissement prononcé, que notre pétro-addiction touche à sa fin forcée,
que l’eau commence à manquer, qu’une espèce végétale ou animale disparaît chaque
18 minutes de
notre biosphère, que même les abeilles – empoisonnées par
le diktat agrochimique – nous
quittent ? Comment les 10 ou 12 milliards de pauvres ères que nous serons
en 2080 ou en 2100 - quand surviendra le grand crash - pourront-ils satisfaire
leurs simples et humbles besoins basiques ?
En marge des exodes
surnuméraires, fuyant aussi les zones submergées par la hausse du niveau des
mers, loin des programmes d’épurations sous tous prétextes, s’effectueront des
regroupements et l’instauration de communautés sur des écoinçons de terres
encore fertiles. Il faudra se réapproprier un savoir-faire quasiment effacé de
la mémoire collective, celui du XIXe siècle, antérieur à la société bluffante
des moteurs avides de pétrole. Comme nous aurons perdu toute trace des animaux
de trait, les survivants devront faire preuve d’une pugnacité à la hauteur du
travail manuel de la terre, comme à l'Âge de pierre. Tandis que ces
nouveaux paysans sédentaires cultiveront sur des terres de fortune pour des
pasteurs nomades, ces derniers fourniront aux premiers encore non accoutumés au
végétarisme salvateur une ration devenue maigre de calorie carnée. Les hordes de
pillards, déshérités, seront partout et l’insécurité la plus totale. Darfour et
impérialisme arabe, Irak et impérialisme américain sont les actuels prototypes
les plus « soft » de ce que l’humanité devra encaisser… pour survivre.
Le décorum dantesque sera celui des aéroports ou le terminal le sera pour de
bon, et des avions cloués au sol, des rubans d’autoroutes et de leurs cimetières
de véhicules abandonnés à l’endroit du dernier kilomètre parcouru avec la
dernière goutte de carburant, d’aérotrains rouillés qui hier filaient à 500
km/h, de quelques centrales fumantes ayant tchernobylisé leurs lointains alentours et
de palles grinçantes d’éoliennes continuant à tourner pour l’équivalent de
quelques bougies plus nostalgiques que démagogiques. On peut imaginer à
l’infini, ce n’est d’ailleurs ni imagination, ni fiction, simplement le tout
proche futur d’un récent passé décomposé.
De plus de 10 ou 12 milliards, la population terrienne chutera à 2
milliards, capacité induite par une agriculture redevenue
« naturelle », faute d’engrais dopants issus du pétrole tari et dont
les restrictions sont aussi celles des dernières terres non stérilisées par un
siècle d’agriculture chimique et de surpâturage. L’écrémage démographique sera
parfaitement possible sans stérilisation humaine, ni le moindre usage de la
bombe atomique. En douceur.
Un exode pour nulle
part
En exode pour nulle part, les enfants de nos
enfants devront errer en quête de denrées rares en des montagnes dénudées, au
substrat scalpé, aux torrents taris, dans des lambeaux de forêts fossiles et
vidées de toute biodiversité. Ils iront en hordes faméliques et éperdus sur des
steppes mornes et brûlantes, au sol galvanisé, en d’immenses Beauce stérilisées
dont nous aurons épuisé le contenu biologique jusqu’au dernier lombric, dans un
corridor planétaire d’écosystèmes déconstruits où table rase fut faite du
vivant, où nous avons, avec orgueil et performance, libéré plus de cent mille
molécules chimiques. Sauront-ils que, peu avant la débâcle et l’écroulement
final, nous avions tenté de réparer la planète, de susciter une renaissance
salutaire en baptisant bio ou écolo tout ce qui n’était qu’un retour en arrière,
à la normale ? Mais que nous ne savions même pas si nous nous mentions à
nous-mêmes, s’il s’agissait d’une démence de repentance désespérée ou d’un
dernier bon coup pour s’en mettre plein les fouilles ? Les enfants de nos
enfants (qui n’avaient toujours pas demandé à naître…) fouleront le poubellien
supérieur d’infectes immondices d’une ex-civilisation de l’inutile qui colonisa
nos pauvres esprits sans défense. Ils déambuleront en des décors hallucinants de
banqueroute planétaire, d’autoroutes fermées, de rampes et d’échangeurs
abandonnés, de gares et d’aérogares désaffectées, de stations balnéaires et de
ports de plaisance ruinés, de stades effondrés, d’innombrables métropoles
désertées, aux tours géantes vidées, aux pieds desquelles clignoteront dans le
néant d’un espoir déconfit quelques sémaphores en détresse… Agars, ils se
souviendront de nous, de nous autres modernes, du temps de notre cuisant mirage,
de l’autosatisfaction passée de nos défunts économistes, de notre
incommensurable et arrogante erreur… Comment pêcher en des mers abiotiques, en
des fleuves pollués, en des grands lacs desséchés ? Restera-t-il au moins
quelque gibier invasif pour satisfaire la dérive carnivore de l’homme
omnivore ? Comment cibler un dernier petit oiseau à abattre dans un ciel de
tempêtes où ne volerontnt plus que des billets de dollars et d’euros enfin nuls
et non advenus !
En cas de cyclone ou de tsunami, les enfants de
nos enfants ne pourront même plus prendre des risques pour
gagner un dernier petit sou en filmant l’apocalypse
pour le compte d’une quelconque CNN dont les patrons auront été illico presto
sidérés sains et saufs pour l’ailleurs d’un autre part planétaire,
embarqués de justesse vers un utopique projet alunissage signé Virgin
Galactic.
Fable ou
prophétie ?
En tout état de cause,
l’inverse nous étonnerait, un nouvel âge d’or, de providence et d’amour semble
improbable pour quand nous en aurons fini avec tout ce qui bouge, avec tout ce
qui pousse, quand nous serons rassasier de goinfrer, de consommer, de
consumer.
Alors, faut-il encore procréer
pour peupler un futur à l’image d’une fosse commune
globale ?
Un temps d’errance dans un monde de
poussières
À force de vouloir s’acharner coûte que
coûte à imposer à la nature un aveugle rendement, à violenter les subtils
équilibres, à chambarder les horizons millénaires du sol, à nier les évidences
écosystémiques, à semer aux quatre vents mille et une molécules malfaisantes,
notre civilisation du profit forcené avait pourtant déjà reçu d’innombrables
avertissements, vécu de cuisants revers de manche. Ces coups de semonces
n’auraient pas suffi. Souvenons-nous, pour le moins, du grand exode
nord-américain du dust-bowl qui était une réponse à la violence agraire exercée
par les nouveaux colons avides et sourds aux conseils des Améridiens. Le
dust-bowl est un phénomène d’élévation dans l’atmosphère de millions de tonnes
de poussières de terre agricole du fait de l’érosion éolienne. La mauvaise
utilisation des terres, accentuée par une sécheresse récurrente, est chaque fois
la cause de ces dramatiques tempêtes qui rendent incultivables des millions
d'hectares de terres arables devenues pulvérulentes et qui provoquent l’exil de
centaines de milliers de personnes. Dans les années 1930, le premier dust-bowl a
sévi durant une dizaine d’années, avec de considérables nuages de sable et de
poussières obscurcissant le ciel. Chassées du Kansas, de l'Oklahoma, du Texas,
du Nevada, du Nouveau-Mexique et de l'Arkansas, ensablées et dépossédées, sans
abri et affamées, à pied ou en charrette, 200 000 personnes – bible à la main -
se déplacèrent alors en masse à la recherche de terres accueillantes plus à
l’ouest. À la fin des années 1980, les grandes plaines d’Amérique du Nord durent
subir le retour des mêmes méfaits.
L'harmattan
est un alizé chaud, sec et poussiéreux d'Afrique de l’Ouest qui souffle vers le
sud en provenance du Sahara. Il obscurcit l’atmosphère durant plusieurs jours,
favorisant au Sahel les épidémies de méningite en fragilisant les muqueuses et
provoquant ainsi le passage du méningocoque dans le sang. L’actuelle
désertification des régions sahéliennes par l’abandon des cultures vivrières au
profit d’un nouvel usage agricole intensif, imposé par l’agronomie de rente et
non-approprié aux terres sèches, ne fait qu’augmenter le phénomène. Ce vent tend
aussi à devenir transocéanique et ses nuages de milliards de
tonnes de poussières d'un brun rougeâtre avaient été suivis avec étonnement en
1994 par des astronautes en orbite. Quand la désertification viendra à dominer
la surface de la Terre, on imagine alors les cataclysmes atmosphériques, leurs
conséquences en transferts alarmants et leurs pressions sur la capacité
alimentaire globale. C’est ainsi qu’au printemps 1998, lorsque des nuages de
poussières envahirent l'Ouest des États-Unis, de l'État de Washington
jusqu'au Texas, les météorologues furent perplexes. Ils ne pouvaient
déterminer l'origine de toute cette pollution, dont l’étendue et l’épaisseur
asphyxiaient les campagnes. La conclusion des études entreprises est qu'elle
devait provenir de Chine où une tempête de sable dévasta certaines régions
durant trois jours et que les alizés auraient véhiculé vers l’est, jusqu’à
franchir le Pacifique.
En voilà bien du vécu apocalyptique, et
non les prophéties d’un éco-Nostradamus ! Mais il se trouve encore aujourd’hui
quelques thuriféraires aux instincts collabos tels qu’ils s’acharnent à un
dangereux négationnisme du réchauffement annoncé, qu’ils dénient les évidences
que tout un chacun se doit de prendre en compte à l’heure où commencent à
déferler les premières hordes de réfugiés de l’environnement, même si du fond de
nos privilèges bunkérisés, et tout en urinant nos pesticides, ils ne nous font -
apparemment - ni chaud ni froid.
Le pire n’est
jamais certain !! (lol...)
Redoublons nos efforts pour jouer les
prolongations, et gagner une-deux-trois générations, puisque nous ne disposons
pas d’une-deux-trois planètes. Trop drôle !
Il faut bien quelques lignes de faux-espoir pour
laisser tourner la machine et ne pas trop plomber
l’atmosphère :
http://www.youtube.com/watch?v=c5kdImp2zBU&hl=fr
Le
dust-bowl des années 1930, un premier avertissement :
http://www.youtube.com/watch?v=x2CiDaUYr90&hl=fr
La
crise, celle d'avant...
Crise
financière et crise écologique des terres brûlées :
http://www.youtube.com/watch?v=gplaqa2yRgg
http://video.google.com/videoplay?docid=-4411769998751922010
Coup de semonce, ou quand l’homme cravaté ne fait
plus le malin :
http://www.dailymotion.com/video/x2n4q0_ouragan-katrina_tech
« La
prophétie de malheur est faite pour éviter qu'elle se réalise ; et se gausser
ultérieurement d'éventuels sonneurs d'alarme, en leur rappelant que le pire ne
s'est pas réalisé, serait le comble de l'injustice : il se peut que leur impair
soit leur mérite. »
Hans
Jonas
L'histoire du grand
hold-up planétaire :
2050, SAUVE QUI PEUT LA
TERRE ! de Michel
Tarrier