C’est ce syndrome de « la facilité de DIRE et l’impossibilité de FAIRE » qui caractérise aujourd’hui les politiques publiques destinées aux MRE. Et c’est sur ce syndrome qu’il faut impérativement se pencher et agir aujourd’hui au regard de ses effets néfastes.
Dire et faire « sont les incontournables
du pédagogue» (1). Du politique aussi.
Le DIRE et le FAIRE forment en toute
matière (linguistique, politique, scientifique stratégique) et dans
le domaine de la gestion de la chose publique en particulier, une équation
complexe qui nécessite de la part du politique, qui doit être aussi
un pédagogue, beaucoup de finesse.
En effet. Quand le DIRE
et le FAIRE se rejoignent, se rencontrent, ils donnent à la chose dite
et annoncée sa forme finale et sa raison d’être. Mais quand « entre
le dire et le faire il y a la mer », quand la facilité de dire l’emporte
sur la volonté de faire, c’est inévitable, il se produit un phénomène dévastateur:
les crédibilités se fissurent, la confiance s’exile, le doute et
le ressentiment s’installent.
C’est ce syndrome de
« la facilité de DIRE et l’impossibilité de FAIRE » qui caractérise
aujourd’hui les politiques publiques destinées aux MRE. Et c’est
sur ce syndrome qu’il faut impérativement se pencher et agir aujourd’hui
au regard de ses effets néfastes.
La facilité
de DIRE
Beaucoup de promesses
et depuis longtemps sont faites aux MRE d’une manière inconsidérée
et sans mesurer leur portée et leurs effets. C’est plus qu’une
question de pédagogie. C’est une affaire de respect des promesses
données et de la sincérité des choses annoncées.
Dire
(discours de novembre 2005) qu’il faut donner aux MRE « la possibilité
de se faire dûment représenter à
la Chambre des Représentants, de façon appropriée, réaliste et rationnelle » est une décision O combien nécessaire et
opportune. Elle répare une injustice et rétablit plus de 10 % de la
communauté nationale dans l’un de leurs droits les plus fondamentaux :
la citoyenneté.
Ce DIRE est précis car il pose
les modalités et la finalité première de la proposition : « créer des circonscriptions législatives
électorales à l'étranger, afin de
leur « permettre de choisir leurs députés dans
la première Chambre du Parlement. qu'ils jouissent, sur un pied d'égalité,
des droits politiques et civils que confère la loi
à tous les Marocains, dont celui d'être
électeurs et éligibles dans le pays ».
Ce DIRE majestueux, clair
et précis, est une mesure de justice et d’équité. C’est un signal
fort et le signe de la grande sollicitude que SM le Roi accorde à notre
communauté.
Dire qu’un Conseil Supérieur
de la Communauté marocaine à l'étranger complétera le dispositif
et qu’il doit-être « constitué
de façon démocratique et transparente, et bénéficiant de toutes
les garanties de crédibilité, d'efficience et
de représentativité authentique »
est une preuve supplémentaire de cette sollicitude et une indication
forte quant à la voie à suivre.
Dire, que les MRE représentent
une grande force économique et que leur apport au processus de modernisation
et de développement de notre pays est vital, est aujourd’hui une
évidence et un constat qu’aucune personnes censée ne pourrait contester.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont éloquents (53,65 milliards
de dirhams transférés en 2008, soit 9% du PIB, et 57 milliards de
dirhams en 2007).
Dire que le refus d’accorder
aux MRE une représentation institutionnelle et politique digne et effective
dans les différentes instances nationales (Conseil Economique et Social,
les Fondations, les banques…) est une aberration, une faute stratégique
qui ne peut être justifiée d’une manière sérieuse et raisonnable,
est une vérité qui ne doit ni offusquer ni étonner personne.
Dire que les droits culturels
et cultuels des MRE et leurs intérêts économiques et sociaux doivent
être promus et défendus fortement dans les pays d’accueil est une
pensée louable, intelligente, visionnaire que le bon sens ne peut contredire.
Dire
que la « diaspora marocaine » est diverse (diversité géographique,
sociologique, linguistique…) et plurielle, mais qu’elle a un destin
commun et qu’elle fait preuve d’un attachement fort à ses racines
historiques et affectives, à ses valeurs, est une réalité qui ne
souffre d’aucune contestation et s’impose d’elle-même.
Dire que les expertises et les
études qui foisonnent et se juxtaposent et embrouillent les visions,
qu’elles sont couteuses et n’apportent rien de tangible et de concret
à l’identification, la connaissance des attentes et aspirations des
MRE ce n’est pas une insulte à l’intelligence de ceux qui les commandent
et les favorisent, mais une remarque de bon sens qui vise à préserver
les deniers publics, ceux des MRE en premier.
Dire que plusieurs milliers
de jeunes d’origine marocaine nés sur le sol des pays d’accueil
n’apparaissent sur aucun registre consulaire (carte nationale, passeport,
livret de famille) est un constat inquiétant qui ne doit pas
se transformer en un tabou honteux que nous devons cacher et feindre
d’ignorer. Bien au contraire, il faut s’interroger sérieusement
sur les causes de cette « invisibilité » administrative avant qu’elle
ne devienne culturelle.
Dire que la consolidation des
liens affectifs, culturels, cultuels de nos jeunes générations avec
leur pays d’origine passe par la mise en place d’une politique culturelle
volontariste traduite par des réalisations concrètes, visibles (centres
culturels, bibliothèques, colloque, conférence) sur le terrain, celui
des pays d’accueil, ouvertes à tous et proches des MRE
Dire que nous avons aujourd’hui
des ONG/MRE qui ont atteint un degré de maturité et de conscience
politiques appréciables qui pourraient les désigner comme des acteurs
de premier plan pour jouer un rôle déterminant dans une « diplomatie
parallèle » intelligente mise au service de la défense des intérêts
de nos concitoyens et des causes nationales, est une réalité qu’il
serait difficile de camoufler ou d’ignorer.
C’est une évidence.
Dire tout cela et ne rien faire ne peut suffire à mettre la « diaspora
marocaine » dans les meilleures conditions possibles pour agir dans les
domaines les plus sensibles où les enjeux (politiques, culturels, sociaux,
économiques) sont capitaux, tels que la « diplomatie parallèle »,
le développement économique et humain du pays, la défense de nos
causes nationales les plus légitimes...
Quand le DIRE rencontre
le FAIRE
Que pouvons-nous donc FAIRE
pour que notre DIRE puisse rejoindre la réalité des faits ?
Que faire pour que les promesses
faites aux MRE trouvent leur aboutissement et se traduisent par des
réalisations concrètes et adaptées ?
A quand, une représentativité politique effective et honorable,
un Conseil conforme aux attentes des MRE et aux directives de SM le
ROI que Dieu l’Assiste, une politique culturelle adaptée aux spécificités
de notre communauté et respectueuse des particularismes des pays d’accueil,
des garanties qui favorisent l’investissement MRE ?
D’ailleurs, avons-nous les
moyens, la volonté politique, la vision, les stratégies pour FAIRE
et rendre effectif, palpable ce que nous DISONS et PROMETTONS à cette
« diaspora marocaine » ?
Il serait certes peu convenable
de douter de la bonne volonté de ceux qui ont en charge les dossiers
de cette « diaspora ». Ceux qui fixent les politiques qui lui sont destinées.
Ils reçoivent, ils voyagent, ils visitent,
ils promettent.
Ils médiatisent, ils écrivent et
multiplient les initiatives.
Ils lancent des appels d’offres et
commandent des études, des audits et des expertises…
Ils donnent des avis supposés montrer
aux politiques publiques destinées aux MRE les directions à prendre
et les orientations à suivre.
Leur discours et donc
leur DIRE, peut être compris comme une manière peu orthodoxe pour « noyer
le poisson » ou une pratique surréaliste de « l’art de dire sans
faire » un peu voyante car personne n’est dupe. Mais il peut
aussi être interprété comme un effort sincère pour rapprocher les
politiques publiques avec les aspirations et attentes des MRE.
Si la deuxième hypothèse est
retenue il ne nous restera plus qu’à expliquer le pourquoi de cet
écart qui sépare le DIRE et le FAIRE en matière de gestion de la question
de la représentativité politique et institutionnelle des MRE ou encore
le fait que notre pays n’a pas en France (capitale culturelle par
excellence) de structures culturelles (Centre culturel) dignes de ce
nom et à la hauteur de son géni.
Ce n’est certainement pas
une malédiction divine au sens que lui donnaient les interprètes des
oracles grecs. Ce n’est pas non plus une volonté délibérée de
ne rien faire au sens du proverbe italien « tra il dire e il faire c’è
di mezzo il mare » (entre le dire et le faire il y a la mer), utilisé
par les Romains pour moquer les politiciens qui promettent et qui ne
réalisent jamais ce qu’ils disent ?
Ce n’est certainement
pas le fruit d’une méconnaissance profonde des attentes et aspirations
des MRE qui produit cet écart entre les discours, les promesses et
les faits. Car ces attentes et aspirations malgré leur grande pluralité,
leur complexité et diversité sont depuis des lustres connues, identifiées
et n’attendent que des réponses fiables et efficientes.
C’est un fait. Le décalage
entre le DIRE (discours) et le FAIRE (concrétisation), est la source
des difficultés que vit notre communauté établie à l’étranger.
C’est un mal profond qui ronge la crédibilité des décideurs, suscite
chez les MRE l’inquiétude et la méfiance, développe une sorte de
paranoïa qui empoisonne les relations des autorités avec les MRE.
Pour sortir de l’impasse
Seul le FAIRE concret
et tangible est aujourd’hui à même de dépasser ces contradictions
et permettre l’avènement d’une diaspora marocaine sûre d’elle-même,
confiante, forte et respectée ici et ailleurs.
Commençons donc par réduire
l’écart entre le DIRE et le FAIRE. Favorisons la rencontre du DIRE
et du FAIRE et appliquons ce que le pédagogue Philippe Meirieu suggère
en ces termes : « que les politiques ne trouvent pas seulement des références
(…) mais des outils permettant d’agir au quotidien et une réflexion
sur les conditions pour trouver le courage des commencements et la force
de tenir ses engagements » (2).
En disant cela, en mettant en
exergue ces contradictions entre le dire et le faire en matière de
gestion de la chose MRE, nous ne prétendons pas détenir la science
infuse ou des solutions miracles. Nous ne visons qu’une seule chose :
alerter de nouveau sur les risques et les conséquences de la facilité
de dire qui conduit dans des impasses et rend impossible le
faire.
Il faut sonner de nouveau
le toscan, car, si le feu de la colère et du ressentiment n’atteint
pas l’essentiel de la maison commune, ses signes avant coureurs sont
déjà là et les étincelles qui risqueraient de déclencher la rupture
pointent déjà leur né, elles pourraient prendre, si rien n’est
fait, de l’ampleur à l’horizon des cinq ou dix prochaines années
Ce constat est amer et
notre DIRE est sincère. Nous avons patienté, attendu, (depuis la
création du CCME) et même prié pour que la raison l’emporte sur
les calculs et les manœuvres dilatoires, mais ce dire n’a pas trouvé
de répondant. Il n’a pas pu traverser cette maudite méditerranée
qui sépare le DIRE et le FAIRE, qui engloutie nos espoirs les plus
légitimes, qui nous sépare de cet Eldorado tant rêvé et qui continue
à prendre par centaines sa ration quotidienne dans les rangs de nos
compatriotes les plus jeunes.
Aujourd’hui ce DIRE
raisonnable et raisonné nous le transformons, le plus respectueusement
et le plus humblement en un APPEL de secours adressé à Amir al-Mouminine,
Gardien fidèle de nos traditions, Garant de notre cohésion sociale,
Sa Majesté Mohammed VI que Dieu le protège et perpétue son règne :
Ù…ØÙ…داه وا WA MOHAMADAH
Mohammed MRAIZIKA (ALMOHAGIR)
(1) Marie Christine DHIEN. Recherches
et Education n° 2/ 3° trimestre 2002
(2) Philippe Meirieu. La pédagogie
entre le dire et le faire », Paris, ESF, 1995