Les membres de la Délégation ad hoc du Parlement européen pour la Sahara
occidental mis sous pression, se voient contraints de revoir leur copie à la
lumière du processus onusien.
Chargés par la Conférence des Présidents du Parlement européen de mener une
mission humanitaire dans un premier temps à Tindouf puis à Rabat et à Laâyoune,
les eurodéputés sensés dans le cadre de leur mandat « s’abstenir de tout jugement concernant la situation politique du Sahara
occidental » outrepassent leur mission.
Alors que le rapport de mission de ladite Délégation devait être présenté
ce 17 mars 2009 à Bruxelles, celui-ci fait l’objet de fuites dans la presse espagnole
qui en publie de larges extraits le 14 mars (http://www.elpais.com/). Des
fuites contraires à la déontologie parlementaire, qui auront néanmoins permis
aux autorités marocaines, fortement irritées, de réagir à 48h de la
présentation du rapport, empoisonnant par ailleurs les réunions de l’Assemblée
parlementaire euro-méditerranéenne.
Outre le
fait que le rapport prête sans conteste beaucoup trop le flanc à l’Algérie et
au Polisario, il semble faire volontairement fi du processus onusien, cadre
dans lequel s’inscrit la question du Sahara occidental depuis 1963, au titre de
territoire non autonome. L’erreur la plus grossière en
la matière est la référence faite à maintes reprises à un Etat sans existence,
non reconnu par les Nations Unies, à savoir la RASD (République Arabe Sahraouie
Démocratique), une mention qui disparaîtra dans la version révisée du rapport
tel que présenté en réunion de la Délégation le 17 mars. Une réunion marquée
par une forte présence d’eurodéputés espagnols et une impressionnante représentation
de la presse algérienne autour de l’Ambassadeur d’Algérie et du représentant du
Polisario. Il faut dire que compte tenu de ses visées géostratégiques sur le
Sahara, le soutien au Polisario par l’Algérie fait partie intégrante d’un lobby
parfaitement affûté.
Au terme de la réunion, l’Ambassadeur d’Algérie à Bruxelles Halim
Benatttallah confiait à la presse algérienne : « Si le rapport est adopté en l’état, c’est une bonne chose pour nous ».
Double langage d’une Algérie qui pourtant ne cesse de clamer en haut lieu et à
la presse étrangère qu’elle n’a aucune implication dans l’une des guerres les
plus méconnues de nos concitoyens.
Hormis une
mention portant sur l’opacité du milieu judiciaire et carcéral dans les camps, les
eurodéputés se sont livrés à une lecture complaisante
de la situation. Erreur d’appréciation, OPA d’eurodéputés, essentiellement
Espagnols, en mal de « Sahara espagnol », manipulations, partie pris, etc…
tout aura été dit sur ce rapport dans une guerre médiatique et diplomatique !
A l’exception des parlementaires européens, Alain Hutchinson (Belgique,
PSE) et Paul-Marie Couteaux (France, IND/DEM) les parlementaires européens
présents, majoritairement Espagnols soutiennent le rapport tel que présenté par
Ioannis Kasoulides, Président de la Délégation ad-hoc pour le Sahara occidental et cosigné par Carlos Iturgaiz,
Président de la Délégation pour les relations avec les pays du Maghreb.
Soulignant
la sensibilité d’un tel dossier, tant Alain Hutchinson que Paul-Marie Couteaux
ont regretté les fuites dans la presse espagnole qui remettent en cause la
sérénité du travail parlementaire ainsi que les déséquilibres dans la
formulation qui desservent l’objectif de la mission mais aussi et surtout des
commentaires politiques insérés dans un rapport sensé se pencher sur les
aspects strictement humanitaires. Enfin, il n’est pas du rôle du Parlement
européen de formuler, dans ce contexte, des recommandations à l’attention des
Etats tiers mais à la Commission ou au Conseil.
Toutefois,
l’eurodéputéAlain Hutchinson a demandé
que puissent être introduits des amendements substantiels au rapport alors que Paul
Marie Couteaux a littéralement récusé le rapport, celui-ci étant en porte-à-faux
avec l’esprit et la lettre du mandat de la mission, un rapport qui va à
l’encontre de la position officielle des Nations Unies.
Il ne fait
aucun doute que le rapport relève d’une analyse superficielle de la situation
des droits de l’homme, probablement aussi en raison du manque de temps, d’une
mission marathon des eurodéputés. Néanmoins, les eurodéputés ne pouvaient
ignorer les relations institutionnelles UE- Maroc inscrites depuis octobre 2008
dans le cadre du « Statut avancé » octroyé au Maroc au terme d’un
screening sur plusieurs années notamment de l’évolution de la situation des
droits de l’homme. « L’UE reconnaît que les réformes entreprises au cours des années
précédentes ont permis de consolider les droits de l'homme et d’élargir le
champ des libertés individuelles… » et « invite
par ailleurs le Maroc à sauvegarder la liberté d'association et de
rassemblement, notamment dans le territoire du Sahara Occidental. »
(Déclaration UE).
Pourquoi
faire référence au HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés) ou au PAM
(Programme Alimentaire Mondiale) et ne pas soulever les questions certes
délicates du recensement des populations dans les camps ou du détournement et
des dysfonctionnements de l’aide alimentaire pointés par ailleurs par le
PAM? Ne sont-ce pas là aussi des questions humanitaires essentielles ?
Comment évoquer
la libération de prisonniers de guerre en Algérie par le Polisario sans
mentionner une détention arbitraire, contraire au droit international, de Marocains
pendant plus de 25 ans alors qu’un cessez-le-feu était intervenu en 1991 sous
l’égide des Nations Unies ? Rien par ailleurs sur les prisonniers
marocains disparus ou les prisonniers civils tel qu’Abdellah Lamani libéré
après huit mille
quatre cents jours de captivité.
Si Le
respect des droits de l'homme au Sahara Occidental reste un sujet de
préoccupation pour la communauté internationale, celle-ci devrait davantage s’engager
en faveur d’un processus de pacification du conflit. En dépit des plans
onusiens successifs, de l’adoption de plus de 70 résolutions, de la tenue de quatre
rounds de négociations, etc…aucune solution au conflit n’a pu se dégager, « une
solution politique juste, durable et mutuellement acceptable »
par les parties.
Une
proposition de résolution du conflit basée sur un projet d’Autonomie
élargie pour les Provinces du Sud a
été soumise par le Maroc aux Nations Unies le 11 avril
2007. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a mis en exergue cette
proposition et a souligné dans le cadre des résolutions 1754 et 1813, les « efforts
sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller vers un règlement ».
C’est sans surprise qu’aucune référence àl’appréciation onusienne ne figure dans le rapport de la Délégation.
L’étude de la proposition et de la viabilité du projet
politique mériterait que la communauté internationale s’y attarde.
Dans
l’attente, le rapport polémique de la Délégation devrait
être mis à l’agenda de la Conférence des Présidents du Parlement européen pour
adoption dans le courant du mois d’avril. Aucune réunion de la Délégation n’est
prévue avant les élections de juin 2009.
Gageons d’une prochaine législature plus constructive, soucieuse de la
pacification de la région !
Latifa Aït-Baala
Licenciée en droit, option droit international - Maître
en droit des Affaires, mention droit international - DES, Droit européen - DEA,
Etudes de genre
Cet article sera publié dans la revue Le Maroxellois, la revue de la communauté marocaine de Belgique