La Communauté marocaine du Canada

OTAGE D'IMPOSTURES


Par A. Khouibaba

Impossible de parler des associations marocaines sans parler de l'histoire de ces associations au Canada. Cette histoire fait partie de nous-mêmes et il est vain de vouloir se défaire de ce passé. Surtout dans un pays où on devient des numéros et où à chaque "move" on "pitonne" sur l'ordinateur pour dire oui et/ou non.

Nous sommes une immigration récente ici au Québec, quelque soit l'importance que l'on veuille accorder à notre communauté. En chiffres, nous représentons la deuxième communauté africaine après les Égyptiens (16 585 soit 26.4%) avec un écart très minime, environ 70 personnes.

La Communauté marocaine se compose de 16 515 personnes (26.4%). Devançant largement la communauté algérienne qui est de 6 995 représentant 11.2% et la communauté tunisienne qui est de 2 950 individus soit 4.7%.

RAPPORT DE LA COMMUNAUTÉ
AVEC LES AUTORITÉS MAROCAINES AU CANADA

L'évolution qu'a connue le Maroc à partir des années 70' et plus précisément dans les années 80', est loin d'avoir eu des influences sur le rapport entre les autorités marocaines et la Communauté marocaine du Canada.

Le lien physique de la présence de cette communauté et les droits dont elles bénéficient en tant que citoyen canadien de plein droit a rendu les membres de notre Communauté beaucoup plus exigeants. Il reste que certains membres de cette communauté malgré tout ne font pas la différence entre droit et obligation et qu'ils sont devenus comme des loups ayant pour tâche de surveiller un poulailler...

Certains de nos fonctionnaires marocains au Canada n'ont pas joué le rôle qui leur a été assigné et cela, peut-être... malgré eux. Avec la complicité de certains membres de la Communauté marocaine, ils se sont plutôt mis au service du MAROCAIN de la Communauté au Canada et non des Marocains de la Communauté comme sa Majesté le Roi le voulait.

On peut difficilement oublier, lorsque notre premier consul à Montréal a été privé de son téléphone pendant trois mois parce qu'il s'occupait davantage de ses affaires personnelles que des affaires consulaires. Difficile aussi d'oublier Reda Lamrini, conseiller économique du Maroc dont le bureau à la Place Bonaventure était souvent vide puisqu'il passait plus de temps sur un terrain de tennis ou devant son ordinateur dans le sous-sol de sa maison du West Island. Un jour, il a même fallu l'appeler pour l'avertir que son téléphone était coupé au bureau. Il a été étonné de l'apprendre.

Le comble, c'est lorsqu'un Marocain a voulu encourager un Québécois à faire des affaires avec le Maroc. Il a même pris un rendez-vous avec Monsieur le conseiller économique. Ce Monsieur est arrivé en retard à son propre bureau. La première phrase qu'il a prononcée en regardant le Québécois: "Qu'est-ce que vous allez faire au Maroc? Si vous voulez investir, on peut le faire ici même au Québec, j'ai des projets." Il n'a eu aucun respect pour ce membre de la Communauté marocaine qui a pris la peine d'amener un futur investisseur rencontrer le conseiller économique de son pays. Sans commentaire.

Et cela, malheureusement n'est qu'un exemple. Il y en a eu plusieurs autres qui ont creusé le fossé entre la Communauté et le pays d'origine.

La Communauté s'est enrichie avec l'arrivée massive dans les années 80 de plusieurs membres qui ont profité de l'accord pour les frais de scolarité entre le Maroc et le Québec. Ces gens-là sont devenus aujourd'hui des professeurs universitaires, des cadres importants et ils pourraient maintenant être d'une utilité certaine pour le Maroc. Cependant, ils préfèrent prendre qu'une bouffée d'oxygène sur le Maroc à distance, par l'intermédiaire de l'internet, pour avoir des nouvelles du Maroc.

Un père nous disait : " Notre génération va disparaître un jour et nos enfants ne diront même plus qu'ils sont Marocains ". Cet homme a six enfants et ces derniers passent leurs vacances à Cuba et non au Maroc. Encore une fois, c'est le Maroc qui paie.

Aujourd'hui, le discours a changé et s'est clarifié. Ce changement, amorcé il y a six ans, est maintenant appuyé par une jeune équipe communautaire et par une équipe dynamique représentant les autorités marocaines au Canada. Cette équipe des autorités, " coaché " par Monsieur l'Ambassadeur, a pris l'initiative d'inviter des membres significatifs pour tenter d'encourager toute volonté pour l'organisation et la mise en place d'une Association forte, représentative et crédible.

Donc, il est faux de croire que les autorités marocaines du Canada ne peuvent pas jouer un rôle pour unir et je peux même dire récupérer les membres de la Communauté marocaine. L'un n'empêche pas l'autre, ils peuvent jouer un rôle important, pour favoriser et même initier les échanges entre le Maroc et le pays d'adoption.

Un sondage effectué par Maghreb Observateur en juin dernier a fait ressortir quelques indices sur les Marocains du Canada dont 64% des enfants de la Communauté se sentent plus Canadiens que Marocains; 45% des gens arrivés mariés sont divorcés aujourd'hui; 73% ne veulent pas revenir définitivement au Maroc. Par contre, une contradiction ,70% aimeraient finir leur vie au Maroc et 67% aimeraient être enterrés au Maroc. Doit-on en conclure que tant qu'ils sont sur le marché du travail, ils veulent rester au Québec pour ensuite finir et mourir dans leur racine.

HISTORIQUE DES ASSOCIATIONS MAROCAINES
Un bilan sombre, puisque à notre avis, tous ces soi-disants présidents, où le titre " ex " a vraiment sa place, devraient être mis dans un malaxeur avec sortie égout et/ou autre récupération. Et si par hasard, vous trouvez une goutte dans la récupération, utilisez-là, pour construire un mur qu'on appellera " Le Mur de la Communauté marocaine ". Ainsi nul ne pourra oublier le périple tumultueux de la vie associative marocaine en terre d'Amérique.


M. Barouk 
Un certain jour de janvier 95, j'ai rencontré, M. Bouchaïd Barrouk de l'Association des familles marocaines du Québec, il m'a remis une carte d'affaires où il avait ajouté avec un stylo bleu le mot " ex " devant vice-président. J'ai trouvé cela pathétique d'être ainsi tant attaché non pas au titre mais à la carte puisqu'il est devenu l'ex.

L'Association des familles marocaines du Québec, une association à but non lucratif sous le No. C1321 Folio 50, enregistrement 27568807, nous avons rencontré ses fondateurs Benhaïda et Barrouk, visiblement désolés de l'arrêt de leurs activités. Ils avouent d'ailleurs, qu'actuellement ils n'ont aucun membre et que ladite association a cessé ses activités. Ces derniers nous ont mentionné qu'ils sont en faveur pour une démission de tous les présidents des 14 associations pour en créer une nouvelle plus forte et importante.

 

Rappelons que le 6 janvier 95, M. Barrouk a envoyé une lettre adressée à plusieurs personnalités dont l'objet était et je cite : " Démission du soussigné du poste de vice-président de l'Association des familles marocaines du Québec ". Nous avons également reçu une copie d'une lettre datée du 27/12/94, signée par M. Barrouk et adressée à la Banque de Montréal, Succursale Place Bonaventure où il demandait à ladite banque de ne plus honorer aucun chèque portant son nom.

Le 19 avril 1995, M. Abdou Saouab, nous a adressé une télécopie annonçant la création d'une association marocaine dans la région de la capitale nationale. Une télécopie de sept pages où il nous donnait des noms, quinze personnes, qui ont participé à la réunion du 15 avril. Il nous a même annoncé la constitution d'un comité provisoire de cinq personnes. Sauf que depuis ce temps-là, nous n'avons aucune nouvelles et selon nos informations, le feu a pris dans la baraque.


M. Mendili 
L'Association ASSALAAM ne peut être omise avec tout le battage publicitaire fait par son président M. Mendili et M. Britel. M. Britel qu'on ne peut oublier, vous savez, celui dont la cassette tournait toute seule au canal 24 chaque semaine jusqu'à ce que les membres de la Communauté l'apprennent par coeur.
 

M. Britel 
Rejoint par téléphone, M. Mendili nous a démontré sa compréhension envers le problème communautaire et nous a avoué que son association n'existe plus mais qu'il encouragerait toute initiative pouvant aboutir à bâtir une association marocaine forte au Canada.


M. Guersh 
L'Amicale des travailleurs et commerçants marocains de la ville de Québec (à l'époque, il n'y avait pas de femmes d'affaires marocaines) a été enregistrée le 5 mars 1981 au Libro C-1088, Folio 83 par trois personnes MM. NEJMI, Bouchaïb, restaurateur, 1170 d'Artigny, Québec; KADDOUR, Jilali, restaurateur, 2470 Quatre-Bourgeois, GUERCH, Abdeslam, agronome, 143 de Loseuil, St-Augustin. ¹ Ce dernier en était le président. Elle n'existe plus depuis 1983.
 

M. Hammadi 
Dans les années 80, une expérience a failli être un miracle. L'Amicale des Marocains à Montréal, dont le siège social se situait au 2015 rue St-Laurent, une tentative de Benzakour, Lamtiri, Ben Lghadar Hamadi, Berrada, Zouak, Zniber, Slawi a avorté en laissant derrière elle une dette de 15,000$, épongé par M. Benzakour puiqu'il était personnellement responsable du bail de 50,000$.
 

M. Benzakour 

M. Malka


M. Hajjouji 

Il est impensable de ne pas mentionner dans cette nomenclature des associations, la Communauté marocaine du Québec, c'est le nom d'une association que M. Malka a voulu s'accaparer comme il a fait pour la Chambre de commerce du Maroc au Canada. Je vois difficilement comment on peut laisser quelqu'un prendre le droit d'enregistrer un nom pareil. Moi je suis membre de la Communauté marocaine du Québec mais détrompez-vous, je ne suis pas membre de l'Association de Malka. Ce dernier, assisté par Khoban d'Ottawa, a trompé les membres de notre communauté en les mettant dans une confusion totale avec cette histoire de nom. D'ailleurs il s'est donné le nom de président d'honneur et l'autre a pris le titre de président tout court. Ils ont même poussé l'audace jusqu'à dire que le nom de cette Association est " La Communauté musulmane du Québec ". (Vive Hadj Malka!)
 
Selon l'affiche, son matricule 1144 800 142, la Communauté musulmane du Québec (CMQ) a été constituée le 26/06/95 et comme personnes liées on trouvait :
MM. Malka Elias Y. : Administrateur... autres;
Barouk Bouchaib : Administrateur principal dirigeant;
Rahmouni Abdelkrim : Administrateur principal dirigeant;
Hajjouji-Idrissi Zine : Administrateur secrétaire;
Mendili Ahmed : Administrateur Vice président.
Et d'après cette fiche, Malka n'est pas seulement un Président d'honneur!

Pour faire partie de cette association, il fallait être de religion musulmane et " El Hadj " Malka n'a pas oublié ce détail. Le mécontentement de la Communauté musulmane à travers le Canada n'a pas tardé à se faire entendre. Un communiqué dénonçant la situation a été distribué dans toutes les mosquées. Une semaine plus tard, une pétition a été signée par plus de deux milles musulmans à travers le Canada pour montrer leur désaccord avec cette association.

Un des responsables de ce groupe d'opposant, nous a déclaré à l'époque que le problème est loin d'être entre juifs et musulmans, comme certains ont voulu le faire croire, mais surtout du fait que l'on trouve inacceptable qu'un non-musulman soit à la tête d'une association musulmane comme le statut de cette dernière le permet.

Accepterions-nous qu'un non-juif soit à la tête de la Communauté Séfarade? Mais pour M. Malka, manifestement, il pratique la politique de deux poids, deux mesures.

Le 4 octobre 1996 à 3h30 du matin au Casino de Montréal, Malka était arrêté pour tricherie par la Sûreté du Québec, depuis ce temps, on a plus revu cet homme de 70 ans. Et aujourd'hui, cet épisode fait aussi parti du passé.

Ne pas oublier aussi, le jour où un extra-terrestre est descendu du ciel, escorté par Madame Lison Benarouche et M. Boutaleb pour présenter un projet : " Ensemble le Maroc ". Le nom de cet " extraterrestre " est Monsieur Mohamed Sebti. " Ensemble le Maroc " avait une bien belle brochure, pour endormir les marmottes même l'été. Lors d'une soirée où rien n'avait été négligé, nous avions bien mangé et entendu de beaux discours dans un restaurant marocain de Montréal. Certains ont même profité d'un voyage gratuit au Maroc dont M. Micki Britel et Madame la députée Houda-Pépin.


M. Boutaleb 
N'oublions pas non plus, le Conseil canadien pour la coopération avec le Maroc dont le président était M. Boutaleb. Ils n'ont pas pondu grand chose malgré leur langage même si ils étaient " entourés " par la crème des marocains. (J'ignore si celle-ci était brune ou blanche!!). Ils n'ont même pas produit de bilan de fermeture.
 

L'Association marocaine de Québec présidé par M. Benkirane paraît la plus crédible actuellement. Selon leur Conseil d'administration, ils sont les seuls à avoir 90 membres. Le C.A. est jeune, la plupart ont terminé leurs études au Québec. Ils sont donc conscients des réalités de la société québécoise.
 

M. Benkirane 

Pour finir, nous vous présentons les résultats d'un sondage, réalisé auprès de la Communauté marocaine du Canada, où il est clairement exprimé par un fort pourcentage du désir et du besoin d'avoir une association plus forte et plus crédible. Les membres de la Communauté ne veulent plus des anciennes associations et ils sont étonnés d'apprendre qu'il existe 14 associations pour les représenter.


¹- Selon les informations de l'inspecteur général des institutions financières.