Kiosque

Rares traces littéraires maghrébines:
les éditions Naaman au Québec

Par Sandrine Gris

Si il est bien des petites découvertes, la surprise fut de taille. Il y a plus de vingt ans, un professeur de l'université de Sherbrooke fondait une maison d'édition sur des études littéraires d'une vaste francophonie: incluant le Québec, le Maghreb, l'Afrique, et l'Asie francophones. Vastes domaines d'un non moins vaste champs d'études littéraires, quelque peu en friche et lui aussi largement sous-développé.

En 1966, Antoine Naaman devient professeur titulaire à l'Université de Sherbrooke au Québec. D'Origine syro-lybanaise, Antoine Naaman est né en 1920 à Port Said-(Egypte). Il effectua de longs séjours en France, en Afrique noire, au Proche-Orient et au Maghreb. Longs séjours aux grès de sa carrière universitaire. Tout d'abord, à l'Université du Caire, il obtient une licence es lettres (1942), puis une maîtrise en journalisme (1948). En 1951, il obtient son diplôme de l'École Normale Supérieure de St Cloud en France; puis, il présente en 1962, une thèse de doctorat es lettres à l'Université de Paris. Sa thèse est consacrée à Gustave Flaubert: "les débuts de Gustave Flaubert et sa technique de description". Puis, il poursuit une carrière universitaire, au Ghana (1965-1966) et à l'Université de Sherbrooke à partir de 1966.

Spécialiste de Gustave Flaubert et expert en didactique des langues vivantes, il fonde à l'intérieur de l'Université de Sherbrooke, le Centre d'Etudes des Littératures d'Expression Française (CELEF) et la revue Présence Francophone (1970-1974). Puis, il crée les éditions Cosmos (1969) et finalement les éditions Naaman.

Trois ans avant, avec l'aide d'un professeur de l'Université de Sherbrooke,ils organisent un colloque sur Le Roman contemporain francophone dont les actes furent publiés en 1971. Emmanuel Roblès, directeur de la collection Méditerranée aux éditions du Seuil, grand découvreur d'écrivains maghrébins, et lui-même auteur, y fit une intervention sur sa propre technique romanesque.

Aujourd'hui, si les éditions Naaman sont passées dans l'oubli, il reste plus de 350 ouvrages publiés. Les études littéraires sur des écrivains nord-africains y ont une large place qui méritent que l'on s'y attarde.

Déjà, les éditions Naaman ont republié au Québec l'ouvrage fondamental de Jean Dejeux sur La littérature maghrébine de langue française. C'est la meilleure introduction disponible à l'heure actuelle. Aussi, de nombreuses études littéraires sur des auteurs bien particuliers ont été publiées; courtes, environ 150 pages, ces études sont synthétiques et tout public.

Elles introduisent une biographie de l'écrivain étudié et une analyse de son oeuvre. Par exemple, Mohammed Dib fait l'objet de deux études, Mouloud Mammeri d'une seule, ainsi que Assia Djebar, Emmanuel Roblès ou encore Albert Memmi.

La rareté des études littéraires sur ces francophonies maghrébines mérite évidemment de s'attarder sur les publications des éditions Naaman. Rareté aggravée par le fait que des éditions n'existent plus et que ces ouvrages sont d'autant plus difficile à se procurer même dans les bouquineries. Cependant, la plupart des ouvrages publiés ont été déposés dans diverses bibliothèques nationales, au Québec, à Ottawa, à Paris, à Alger et à Washington.

 Quelques études publiées aux Éditions Naaman:
CHEZE Marie-Hélène, Emmanuel Roblès, Témoin de l'homme, 1983.
DANINOS Guy, Les nouvelles tendances du roman algérien de langue française, 1979.
DANINOS Guy, Dieu en Barbarie de Mohammed Dib ou la recherche d'un nouvel humanisme, 1985.
DEJEUX Jean, La littérature maghrébine de langue française, 1973.
DEJEUX Jean, Mohammed Dib, écrivain algérien, 1983.
DEJEUX Jean, Assia Djabar, romancière algérienne, cinéaste arabe, 1984.
MORTIMER Milfred, Mouloud Mammeri, écrivain Algérien, 1982
YETIV Isaac, Le Thème de l'aliénation dans le roman maghrébin d'expression française, 1972.