La femme rurale au Maroc

Par Madjid Benbelkacem

Le Consulat général du royaume du Maroc à Montréal, en collaboration avec la ville de Montréal, a organisé, du 30 au 2 juin dernier le premier Carrefour au féminin, sous le thème:les Marocaines en mouvement: entre apparence et réalités.


Pour ce faire, le carrefour a comporté deux ateliers: le premier traitant des mutations démocratiques et du développement durable qui s'est articulé autour des thèmes touchant l'éducation, le travail, le droit, la politique et les médias et le second atelier a traité des rôles du mouvement associatif et de l'entrepreunariat marocains féminins dans l'édification d'une coopération intelligente. Les thèmes du dernier atelier traitant de l'entrepreunariat féminin, micro-crédit, des coopératives féminines et du mouvement associatif, ont axé notamment sur le rôle de la femme rurale dans le développement de l'économie du Maroc.

En 1982, le recensement général de la population et de l'habitat a dénombré en milieu rural 5859 mille femmes contre 4912 mille en 1971.en 1994 , la population féminine rurale est de quelques 6810 mille. Les femmes rurales représentaient 70,4% de l'ensemble des femmes en 1960. Cette part est continuellement en baisse; elle se situait à 64,2% et 57,4% respectivement en 1971 et 1982. Selon les projections du CERED, en 1994 elles ne représentent plus que près d'une femme sur deux (50,3%) à cause de l'exode rural qui touchait plus les femmes que les hommes.


La première caractéristique qui distingue la population féminine rurale est son extrême jeunesse: 44,3% des femmes rurales sont âgées de moins de 15 ans contre 37,4% en milieu urbain. La jeunesse de la population rurale trouve d'abord son explication dans le niveau de la fécondité encore élevé et dont la baisse est beaucoup plus lente qu'en milieu urbain.

En milieu rural, l'évolution de l'âge moyen au premier mariage est moins importante chez les hommes que chez les femmes bien que les honmmes continuent de se marier en moyenne plus tardivement. Par contre en milieu urbain, l'évolution de l'âge moyen au premier mariage a été plus rapide pour les femmes que pour les hommes. Entre 1960 et 1997, l'âge au mariage des femmes rurales s'est accru de 4,3 années, alors que chez les hommes la hausse n'a été que de 2,3 ans.

Les chances de scolarisations des filles sont moindres, et même lorsque la fille est scolarisée, elle dépasse rarement le niveau du primaire pour ensuite abondonner. Les garçons par contre ont plus de chances de poursuivre leurs études. En 1991, la population active rurale était estimée à plus de 5942000 dont plus de 2321000 de femmes, soit un taux de de féminisation de la population active de 39,1%. La femme active rurale est celle qui exerce une activité rémunérée hors de son foyer (activité agricole ou non agricole), ou exécute des tâches relevant de l'exploitation familiale, ou encore s'adonne à des travaux à domicile autres que les corvées du ménage.

La femme rurale au Maroc, semble avoir la prédilection pour l'élevage par rapport aux autres branches de l'agriculture, elle s'occupe de l'entretien et de l'alimentation des animaux, de la traite des vaches, du battage du lait, de l'élevage des abeilles. La population féminine active occupée féminine rurale représente plus de 46% de l'ensemble de la population féminine active rurale occupée dans le secteur de l'agriculture, et plus de 53% de la population rurale active occupée dans l'élevage.


La femme rurale au Maroc réalise 70% des travaux du secteur de l'élevage des bovins. Sa participation est de 80% dans le bour défavorable, 67% dans les zones irriguées et 64% dans le bour favorable. Les principales activités qu'elle réalise sont l'hygiène des locaux, la traite, l'abreuvement, l'alimentation, la ceuillette de fourrage, la commercialisation des sous-produits.


Dans le secteur de l'industrie et l'artisanat, en 1991, 6% de la population active féminine rurale y travaillait, cette proportion était de plus de 14% en 1987. Cette baisse est due principalement à la baisse de l'activité artisanale qui est de plus en plus concurrencée par le secteur industriel.

Tout comme dans l'agriculture , dans l'industrie et l'artisanat la femme rurale travaille à des âges très jeunes. Plus de 25000 ouvrières non agricoles avaient moins de 15 ans et plus de 264000 sur un total d'environ de 350000 avaient moins de 45 ans.

L'ouvrière non agricole est analphabète dans sa quasi totalité (près de 331000 sur 350000), et se trouve en nombre important dans trois régions: Tenfist, au centre et au nord ouest.

Pour élucider le travail de la femme rurale au Maroc une représentante de l'association des femmes de la région de Tafilalt a longuement expliqué que la femme rurale de la zone d'action de l'ormva du Tafilalalt joue un rôle capital dans le secteur agricole. En effet, en plus de son rôle déterminant dans le développement de l'élevage, elle participe d'une manière active à d'autres travaux qui sortent de la sphère domestique; à savoir: le fauchage de la luzerne, la récolte, la moisson, le désherbage manuel.

Une étude concernant la femme rurale de Tafilalt a permis de ressortir les principales caractéristiques de cette femme active, plus de 80% des femmes rurales participent aux travaux agricoles, environ 55% des femmes rurales sont âgées de moins de 40 ans et leurs activités sont réparties en travail domestique, travail aux champs, travail lié à l'élevage et en plus du travail artisanal ou loisirs.

L'étude a signalé que 95% des femmes rurales sont analphabètes, la quasi totalité de ces femmes sont confrontées à l'insuffisance des ressources financières et la quasi totalité des femmes n'ont pas accès à l'information et à la formation.

Pour cela les associations de femmes rurales ont procédé à la création de secction de promotion, à travers cette entité, plusieurs actions à caractère technique, économique et socio- éducatif sont menées au profit de la femme rurale pour son intégration dans le développement économique et social de la région.